DE LA NÉCESSITÉ D’ÊTRE FIER DE SES RACINES

Michel BOURGEOISActualités, DÉVELOPPEMENT DURABLE - INTERNATIONAL0 Commentaire

Ce jour, 11 novembre 2015, date anniversaire de l’Armistice de 1918, constitue un prétexte idéal à rappeler l’importance pour les peuples d’Europe dont la France fait partie, de cette Union Européenne décriée par ceux-là mêmes qui ont compris qu’elle constituait un frein à leurs ambitions « jacobines », et je veux parler des partis politiques « installés ».

La situation politique française permet d’affirmer ceci : « L’Union européenne est le seul rempart du peuple de France contre le jacobinisme des politiciens français ».

Relisant « Quatre-Vingt Treize », cette phrase m’a interpellé, attribuée par Victor Hugo à qui il nomme « La Source » (en fait, Marie, David, Albin Lasource, dit Alba — 1763–1793) : « Nous mourons parce que le peuple dort, et vous mourrez parce que le peuple se réveillera » : il ne s’agit pas, naturellement, de prophétiser la mort physique de quelque individu que ce soit, mais celle des groupements et partis politiques ayant perdu au fil du temps, le sens de leur mission, une mission qu’ils ont néanmoins mise en avant pour donner un semblant de légitimité au vote par leurs propres députés et sénateurs, de cette loi leur permettant de se partager bon an, mal an, entre soixante et soixante-dix millions d’euros de deniers publics.

Cette mission, quelle est-elle ? Qu’a-t-elle toujours été ?

Répondre à cette question requiert le soutien de l’Histoire, ce creuset mémoriel représentant le plus grand des dangers pour les dictateurs en miniature, car abritant les racines de l’Homme, ce que je me suis appliqué à démontrer dans « Médiocratie » (Médiocratie ou « Du trou de serrure au trou noir » — Éditions Terriciae 2015).
Le but de toute association politique, énonce la Déclaration des droits de l’homme et du Citoyen du 26 août 1789 « est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression » (ART. 2) : le citoyen perçoit-il, dans l’attitude de ceux qui se partagent à tour de rôle le pouvoir depuis quarante ans, une telle finalité dans leurs actions ? Si de conservation il est question, elle ne semble plus être que celle du pouvoir.

Bond en avant : il résulte de l’article 4 de la Constitution du 4 octobre 1958 que « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie » : le « concours à l’expression du suffrage » dont s’agit est explicité par l’article 10 du Traité sur l’Union Européenne (version consolidée au 30 mars 2010) : « Les partis politiques au niveau européen contribuent à la formation de la conscience politique européenne et à l’expression de la volonté des citoyens de l’Union ».

Quel observateur est-il aujourd’hui en mesure d’affirmer que les partis politiques français contribueraient à la formation de la conscience politique française ? Peut-on assister à des confrontations pires que ces débats télévisés ou radiophoniques relevant davantage du « crêpage de chignon » et de l’invective croisée, que d’une tentative de formation de la conscience politique de qui que ce soit, des « débats » orchestrés par des journalistes complaisants jusqu’à l’écœurement, fruits d’une affligeante « aspiration vers le bas » ayant progressivement amené les « élites politiques » à un rang inférieur à celui des élites de la Nation, et au peuple de France à l’avoir remarqué ?

Les élections régionales se profilent, sans que quiconque tente même d’expliquer à quoi servirait une région, pas plus que les élections européennes n’ont jamais amené ces mêmes partis, briguant en revanche des postes « européens » pour leurs adhérents, à expliquer de quoi seraient faites les valeurs européennes, quels seraient le sens des traités qui se sont enchaînés depuis 1957 et le but commun des peuples européens, leur seule préoccupation étant de ne pas perdre leurs avantages, des avantages patiemment acquis à la sueur du peuple de France : qui parle de « sa famille politique » de la même manière qu’il le fait de la France, occulte par excès de suffisance la notion de « conflit d’intérêt ».

C’est cette indifférence à l’égard de la notion d’éthique qui amène aujourd’hui tel ou tel ministre, en même temps qu’il est censé servir la France, une France qui le paie et qui prend en charge les frais liés à sa sécurité ministérielle, à se lancer dans une campagne électorale pour son propre compte ou pour soutenir tel ou tel candidat du parti d’où il est issu, dont il ne s’est pas « éthiquement » détaché.

Ces politiciens inféodés à des partis politiques, à l’inverse de ces femmes et hommes qui ont mis à bas l’Ancien Régime ou contribué à chasser l’occupant nazi, ne sont plus des hommes libres en ce qu’ils ne sont plus que les représentants de leur famille politique : une « famille » ne peut prétendre faire contrôler par les siens, parlementaires, les actions qu’elle fait entreprendre par d’autres siens, membres de l’Exécutif.

Pour en revenir à l’Europe, j’ai toujours eu cette conviction qu’on ne pouvait se sentir Européen que si l’on se sentait solide sur sa terre, fier de ses racines : c’est dans ce principe transposable au plan national que se trouve la cause de ce que les journalistes ont qualifié de « mal des banlieues » ; cela vaut également pour les problèmes d’identité dont souffrent les Français « mosaïquement monoculturels », perdant eux aussi peu à peu leurs repaires culturels ou ayant le sentiment de les perdre.

L’Union Européenne, précise l’article 167 (1.) du Traité précité (Titre XIII — CULTURE) « contribue à l’épanouissement des cultures des États membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l’héritage culturel commun » ; le texte se poursuit (2.) en précisant que « L’action de l’Union vise à encourager la coopération entre les États membres et, si nécessaire, à appuyer et compléter leur action dans les domaines suivants :

.  l’amélioration de la connaissance et de la diffusion de la culture et de l’histoire des peuples européens,
. la conservation et la sauvegarde du patrimoine culturel d’importance européenne (…).

Décalage évident entre ces objectifs et ce, vers quoi tendent les programmes scolaires destinés à nos enfants, constat alarmant et rassurant à la fois : celui de gouvernants nationaux s’ingéniant à gommer inlassablement l’héritage de la France, et d’une Union Européenne contribuant à l’épanouissement des cultures dans le respect de leur diversité nationale et « régionale », soucieuse de mettre en évidence l’héritage culturel commun.

Des gouvernants voulant supprimer toute référence à la notion de « race », tout en fustigeant le « racisme » notion ne pouvant être explicitée qu’au travers de ce mot-là, des politiciens assaillant une autre politicienne pour avoir affirmé que l’Europe aurait été de race blanche, élément factuel s’il en est, amenant nos amis Africains à taquiner le voyageur blanc en lui rappelant que ses pères avaient eu l’audace d’apprendre aux siens qu’ils auraient eu pour ancêtres des Gaulois : mieux aurait-il valu inviter celle-là — et sans hystérie — à préciser où elle voulait en venir.

Une Union Européenne « s’inspirant des héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe, à partir desquels se sont développées les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit ». Des représentants du Peuple de France défigurant nos régions, en œuvrant dans le même temps à la transformation de ses communes en coquilles vides. Comment ? Au travers de la création d’ « établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre » dont les représentants, naturellement, ne seront pas élus au suffrage universel (loi n° 2015–991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République).

La loi du 7 août 2015 tout en exhibant son titre (Ier) « Des régions renforcées », doté quant à lui d’un chapitre unique intitulé « Le renforcement des responsabilités régionales », s’appuyant comme il se doit sur la loi n° 2015–29 du 16 janvier 2015 « relative à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral », substituera à compter du 1er janvier 2016 aux 22 régions métropolitaines que nous connaissions jusqu’à présent, 13 régions « constituées par l’addition de régions sans modification des départements qui les composent », à savoir :

. Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine;
. Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes;
. Auvergne et Rhône-Alpes ;
. Bourgogne et Franche-Comté;
. Bretagne;
. Centre ;
. Île-de-France;
. Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées;
. Nord — Pas-de-Calais et Picardie;
. Basse-Normandie et Haute-Normandie;
. Pays de la Loire;
. Provence-Alpes-Côte d’Azur,

Ce nouveau découpage ayant pour objectif affiché de constituer des régions plus fortes afin d’engager des coopérations interrégionales en Europe et de réaliser des gains d’efficience, force est de s’interroger sur la sincérité de la démarche, un tel découpage ne tenant absolument pas compte des racines historiques des régions « additionnées », crime là encore contre l’Histoire de ces terroirs dont l’addition des histoires constitue celle de France.

Monstruosité racinaire que de faire de l’habitant des pieds des Pyrénées Atlantiques le « pays » d’un natif de Poitiers — que ne peut justifier la nécessité de permettre au département de la Vienne de commercer avec l’Espagne, volonté délibérée de briser toute notion d’identité pouvant nuire à l’exercice d’un pouvoir centralisé, la nouvelle région Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine en étant, elle aussi, une illustration.
Critiques du bout des lèvres des partis d’opposition s’accommodant finalement de cette situation, la Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes pouvant fort bien tomber dans leur escarcelle lors des prochaines élections régionales : actions à entreprendre sans tarder par ceux désireux que naissent des régions plus fortes, mais solidaires, européennes, aux membres unis par une histoire intime perçue par eux comme partagée, et que renaissent des communes s’y reconnaissant : « remise à plat » après consultation des citoyens, des lois du 16 janvier 2015 et du 7 août 2015 et suppression administrative des départements.

Ne fut-il pas question à un moment donné d’un « mille-feuilles » à raboter ? Ce « mille-feuilles » n’avait-il donc vocation qu’à se réduire à un gâteau à se partager ?

11 novembre. Soixante-dix ans que l’Europe, si pleine de ressources culturelles et humaines, n’a pas subi les affres de la guerre. Une Union Européenne encore imparfaite, mais perfectible, nouveau-né politique à bien y regarder, devant mobiliser toutes les énergies pour éviter, là encore, que des intérêts partisans ne tuent cette belle idée.

Je reste persuadé et ne suis pas seul à l’être, que le peuple de France ouvrira prochainement les yeux, s’interrogera sur ce geste mécanique qui l’amène, d’élection en élection à ne plus voter ou à ne voter que par dépit en votant « contre » tel ou tel candidat en apportant son bulletin à un autre, lui aussi représentant permanent de l’un de ces groupements politiques seuls à avoir « tiré leur épingle du jeu » des « Quarante Piteuses », d’une crise peut-être moins liée aux deux chocs pétroliers auxquels il est trop souvent fait référence, qu’aux querelles de personnes ayant opposé et opposant à intervalles réguliers un président de la République et son premier ministre, alors tous deux présidentiables.

Les choses doivent et peuvent changer. La démocratie représentative pour avoir été détournée de ses missions, marque aujourd’hui ses limites et la Société Civile, seule, est en mesure, car libre de toute contrainte partisane et forte de femmes et d’hommes d’expérience, de « remettre de l’ordre dans les affaires publiques », avec la même rigueur que celle que les Pouvoirs publics n’ont eu de cesse de lui imposer depuis plus de quarante ans.

Michel Bourgeois
11 Novembre 2015

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