ONT-ILS TOUS PERDU LA MÉMOIRE ?

Michel BOURGEOISActualités, News, SÉCURITÉ - LIBERTÉS PUBLIQUES, VALEURS RÉPUBLICAINES et INSTITUTIONS0 Commentaire

ONT-ILS TOUS PERDU LA MÉMOIRE ?

Alors qu’un Sukhoi russe vient d’être abattu par des chasseurs turcs

(information méritant encore d’être vérifiée dès lors qu’elle s’affiche ex abrupto en boucle sur les téléscripteurs) et qu’une réunion de l’Otan va être organisée en fin d’après-midi à la demande de la Turquie, se profile le spectre de Sarajevo où, par le mécanisme des alliances, l’assassinat d’un archiduc avait provoqué, sur le sol européen, la mort de plus de dix millions d’ êtres humains.

En mars 1966, le Général de Gaulle, conscient des risques

liés à l’intégration de la France dans le dispositif plaçant les forces alliées sous l’autorité des Américains et ne concevant pas notre continent autrement que s’étendant de l’Atlantique à l’Oural, avait décidé de faire sortir la France de l’OTAN, créée en 1949 pour protéger l’Europe occidentale des Russes.

L’OTAN ayant survécu à la chute du Mur de Berlin,

le président français d’alors avait décidé en 2009 de réintégrer la France dans les structures militaires de cette organisation, marquant ainsi la victoire de l’atlantisme sur l’attentisme, un président suivi en cela par un successeur ayant allègrement « repris le flambeau » après de longs pas de valse-hésitation : troupes françaises envoyées en Afghanistan immédiatement rapatriées pour « marquer sa différence » d’avec son prédécesseur, avant de les expédier sur d’autres champs de bataille (ce même prédécesseur usant du même stratagème, campagne électorale obligeant, invitant maintenant l’État français, au motif de mieux lutter contre les islamistes de Daesh, à mettre un terme aux sanctions économiques prises par lui contre la Russie).
Comprenne qui peut. Bal des hypocrites ou celui des irresponsables ? Bal jumelé ?

Mais que devient la France dans tout cela ? Et l’Union européenne ?

Nos dirigeants se sont-ils interrogés sur le sens des engagements internationaux qu’ils ont pris en son nom ? Ont-ils imaginé un seul instant ce qui se passerait en cas « d’accrochage » militaire entre la Russie et un membre de l’OTAN, la Turquie, par exemple ? Qu’est-ce que la France sera censée faire ? Aura-t-elle le choix de ses décisions ?

Cet incident dont il faut espérer que la Russie le traitera diplomatiquement — force est de constater, effet d’abîme peut-être, qu’elle semble à bien des égards faire preuve d’un plus grand réalisme et, partant, d’une plus grand « professionnalisme » que ses adversaires déclarés -, amène à rendre prioritaire la finalisation d’une véritable politique européenne de sécurité et de défense commune, l’ancienne « Politique européenne de sécurité et de défense » (« PESD ») instituée par le Traité de Maastricht de 1992.

Alors même que d’autres enjeux universels

requièrent une mobilisation générale (réchauffement climatique et pauvreté mondiale galopante, sécurité, assimilation du terrorisme au crime contre l’humanité au sens du Traité de Rome, remise en question d’un droit des peuples à disposer d’eux-mêmes réduit à celui des dictateurs à disposer de ces mêmes peuples…), l’Union européenne, ce qui vaut également pour la France, ne doit pas s’associer, sous quelque forme que ce soit, au retour de la Guerre Froide, pas plus qu’elle ne doit avoir à s’aligner sur l’un ou l’autre camp, alors même qu’au-delà des objectifs nobles affichés par les uns et les autres, se dissimulent le plus souvent de simples objectifs financiers égoïstes.

Le ton martial, le vocabulaire martial, pas plus que l’uniforme, n’ont jamais fait les chefs de guerre. Plus que de chefs de guerre, l’Humain a besoin de visionnaires. Gouverner « à l’emporte pièce » n’est pas gouverner : ce n’est que « gesticuler », ce qui serait somme toute dérisoire, si cela ne faisait pas courir de risques à ceux que nos dirigeants sont censés protéger.
Tout doit donc être « remis à plat » : l’amitié entre les peuples doit reprendre le pas sur l’amitié volatile entre ceux qui les représentent.

Michel Bourgeois
24 novembre 2015

Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *