OÙ LA COP POURRAIT PAR LÂCHETÉ OU ÉGOÏSMES, CONTRAINDRE LE MONDE À ÉCOPER .

Michel BOURGEOISAFFAIRES ÉTRANGÉRES, DÉVELOPPEMENT DURABLE - INTERNATIONAL, News0 Commentaire

Il n’aura échappé à personne que la France accueille depuis quelques jours, à grands frais et grand bruit médiatique, la 21ème « conference of the parties » à l’Organisation des Nations Unies (COP 21).

Sans préjuger des engagements réels qui seront pris par les différents États qui y participent et qui traduiront une fois de plus selon les dernières rumeurs, la primauté donnée aux intérêts individuels sur l’intérêt collectif, universel en l’état, plusieurs observations s’imposent, lesquelles serviront de support à la politique environnementale de la France et de l’Europe que nous entendons proposer à nos concitoyens lors de l’élection présidentielle de 2017, ce qui impose de rappeler le sens de quelques notions.

Tous ceux qui ont été formés à l’analyse stratégique se souviendront sans doute de l’exemple dit « d’Achille », qui permet de différencier « l’objectif » de « la stratégie », et la stratégie de « la tactique » : se fixer comme objectif de vouloir tuer Achille, héros de la mythologie grecque réputé invulnérable pour avoir été trempé par sa mère, Thétis, dans le Styx, fleuve dont les eaux rendaient immortel qui s’y plongeait, pose naturellement la question du « comment y arriver », un « comment » à deux étages, un étage « stratégique » et un étage « tactique ».

Clausewitz, grand spécialiste de l’art de la guerre, définissait la stratégie comme la théorie de l’usage des engagements au service de la guerre (principe), tandis que la tactique s’entendait de celle de l’usage des forces armées dans l’engagement (instrument), ce qui, transposé à l’exemple « Achille » donne les développements suivants : Thétis ayant immergé son fils en le tenant par le pied, son talon avait échappé aux bienfaits de l’eau du fleuve et constituait son point faible. La stratégie consisterait donc à s’attaquer à ce point faible, la tactique, le « comment du comment » en quelque sorte, à déterminer de quelle manière le faire (approche discrète, utilisation d’un arc…).

Pourquoi ces précisions ? Pour rappeler qu’aucune décision politique ne peut être prise qui ne détermine pas un objectif clair et une stratégie qui le serait tout autant. Se fixer comme but de lutter contre le réchauffement climatique ne relève finalement que du vœu pieu, le manquement à une telle obligation dépendant du rapport entre l’idée que l’on en a, par rapport à l’idée que l’on s’en fait.

Sans objectif clair, aucune stratégie ne peut être mise en œuvre, même s’il l’on ne peut faire autrement que considérer comme un élément positif chaque décision allant dans le sens de cet objectif minimaliste ; peut-être aurait-il mieux valu si telle avait été l’ambition de la communauté internationale, faire l’économie d’une grand messe peu écologique au demeurant, dont le coût aurait pu être utilisé à des fins environnementales.

Les difficultés auxquelles l’humanité se heurte aujourd’hui, sont liées

 — nous constatons ce phénomène dans un très grand nombre d’autres domaines — à une sorte d’inversion des rôles dans la chaîne décisionnaire, conduisant à un dialogue de sourds.

Nous voyons aujourd’hui des experts internationaux, parlant au nom de l’humanité tout entière, proposer un objectif environnemental à des politiciens qui, peu au fait des difficultés scientifiques qu’il sous-tend, se voient également proposer une ou plusieurs stratégies auxquelles ces derniers sont priés avec insistance d’adhérer.

Accepter de considérer comme un objectif prioritaire de prendre des mesures destinées à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau empêchant toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique, et donc limiter le réchauffement climatique à 1,5°C à 2°C d’ici à l’an 2100 (an de grâce que peu d’entre nous et des négociateurs de la COP 21 auront le plaisir — ou le déplaisir — de connaître, ce qui ajoute sans doute également à l’égoïsme ambiant), n’engage finalement pas à grand-chose ceux que l’on nomme ou qui se dénomment les « Grands de ce monde ».

Accepter de s’engager, sans contrainte, sur une stratégie consistant dans un changement complet de notre système énergétique (production, transports, isolation de l’habitat, création d’un fonds financier, mise en œuvre d’actions sur la base de l’équité en fonction des responsabilités communes mais différenciées des États et de leurs capacités respectives sur fond de principe de précaution…) relève là encore de la simple obligation de moyens, support à promesses à bon marché.

Refuser en finalité de s’engager sur un texte contraignant et sur des contributions chiffrées, marque les limites d’une hypocrisie plus politique qu’« universelle », alors que la survie de l’espèce humaine dépend de simples signatures au bas d’un document.

Objectif délégué, stratégie suggérée, et voilà que le politicien conditionne, ultime pirouette, sa décision à la présentation « d’outils technologiques », tandis que les représentants de lobbies industriels oubliant à l’occasion que leurs enfants sont également des êtres humains, le poussent à un attentisme qui garantirait l’emploi, sophisme empêchant la création et le développement d’autres secteurs d’activité respectueux de la vie.

Oublier que le besoin crée l’outil et non l’inverse, et subordonner l’adhésion à un objectif commun et l’adoption de stratégies adaptées à la présentation par la Société Civile de simples instruments, relève de la fumisterie intellectuelle : parader n’est pas la meilleure parade au réchauffement climatique, lequel conditionne également celui entre les peuples, la destruction des moyens de subsistance contribuant à la migration économique et à l’émergence des conflits armés.

Ces outils existent par ailleurs, comportementaux, technologiques et énergétiques, méritassent-ils d’être améliorés ; là encore, question de volonté publique, c’est-à-dire de volonté politique : quel habitant sans garage privatif, aussi conscient soit-il de l’importance des questions environnementales, achètera-t-il un véhicule électrique s’il n’est pas en mesure, le laissant dans la rue, de recharger ses batteries à toute heure du jour ou de la nuit ? Quelle excuse légitime peut avoir une collectivité publique à persister à investir dans des transports en commun utilisant de l’énergie fossile ?

Dans ce domaine aussi, le citoyen doit ouvrir les yeux.

(À suivre).

Michel Bourgeois

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