LES BLANCS, LES NULS ET LA DÉMOCRATIE OU « SÉRIEUX S’ABSTENIR ».

Michel BOURGEOISNews, VALEURS RÉPUBLICAINES et INSTITUTIONS0 Commentaire

Titre provocateur imposé par les mots eux-mêmes au lendemain d’élections régionales « étranges » où les mots — encore eux — ne semblent pas avoir conservé leur sens originel.

D’aucuns ont crié à une victoire républicaine sur le parti émergent du moment, tout en rappelant au risque d’être pris en flagrant délit de volte-face, que, républicain, ce parti le serait, d’autres se sont réjouis du zéro qu’aurait reçu leur adversaire désigné pour ne pas avoir décroché la moindre présidence de région, alors que sans alliance d’aucune sorte il a progressé et sans report de voix, de plus de 800.000 suffrages entre les deux tours tandis que ne restaient plus que trois candidats en lice (6.820.147 contre 6.018.914 : au second tour des élections départementales, ce parti avait totalisé 4.107.891 bulletins -) : lorsqu’un sauteur à la perche a un record personnel à 6 mètres, qu’il annonce qu’il va en passer 8 et n’arrive qu’à franchir la barre des 7,5 mètres, son échec mérite d’être appréhendé avec la prudence de la relativité.

Lorsque l’on compare le nombre des voix collectées par le parti émergent (6.820.147) à celui de l’Union de la Gauche (7.263.567) et de l’Union de la Droite (10.127.147), regroupant comme leur appellation l’indique plusieurs partis et groupements politiques, la modestie doit être de mise et ces politiciens-là ne doivent pas occulter les raisons profondes amenant, d’élection en élection, le peuple de France à ne pas s’inscrire sur les listes électorales (3.000.000 de personnes), à ne pas se déplacer dans les bureaux de vote (18.229.886), à voter blanc (720.731) ou nul (533.563), à voter encore par dépit plus que par amour (6.820.147) avec les conséquences dont la France vient encore de faire amèrement le constat pour ne pas dire « les frais ».

Exaspération de plus de 29.000.000 d’électeurs. Gâchis. Tant de gens mourant pour accéder à la démocratie. Lassitude à l’égard de femmes et d’hommes politiques dits « professionnels » parce que tirant de leurs mandats l’essentiel de leurs ressources et qui, à peine entrevoient-ils la fin de celui du moment, se mettent en quête du suivant, forme de pérennisation de l’espèce, des femmes et des hommes dont la famille politique et ceux qu’elle abrite sont les seuls à avoir « tiré leur épingle du jeu » de quarante années de dégradation progressive du pays-même sur lequel il leur avait été demandé de veiller.

Qui doit tirer les leçons et de quoi ?

Les partis politiques tout d’abord, lesquels doivent réaliser que la Constitution de la France ne leur a pas confié le monopole de la « politique », qu’un mandat est par définition révocable et que le mandat républicain comme tout mandat crée des obligations chez le mandataire, avant de lui conférer des avantages.

Les citoyens aussi, naturellement, sans qui cet autre n’existerait pas : dans une démocratie, un peuple n’a-t-il pas finalement les représentants qu’il mérite ? La question est crue, mais mérite d’être posée.

Enjeu des régionales :

pour lequel des trois partis majoritaires voter ? Et si les citoyens de France se décidaient à voter, enfin, pour la France ? S’ils acceptaient cette idée que le peuple pour certains esprits, ne vaut que parce qu’il conduit au pouvoir ?

Que diraient-ils s’ils apprenaient qu’à l’approche de l’élection présidentielle de 2017, la dépouille des régions n’étant pas encore froide et les communes françaises en train d’être dépecées au profit d’établissements publics (cela aussi, ils l’ignorent), des parlementaires ont proposé (« Proposition de loi organique de modernisation des règles applicables à l’élection présidentielle » n° 3201 du 5 novembre 2015) de modifier les règles d’une manière telle que, de fait, plus aucun citoyen issu de la société civile, ne pourra se présenter à une élection présidentielle ?

Cette proposition sera examinée par l’Assemblée Nationale le 16 décembre prochain.

Démarche insidieuse, sous couvert de bonnes intentions affichées, tendant à amener les élus à ne plus « parrainer », terme impropre s’il en est, de « simples citoyens », c’est-à-dire des citoyens non « encartés ». Chaque élu devra lui-même adresser son « parrainage » au Conseil constitutionnel, et par voie postale…

Non contents de se partager, bon an, mal an, plus de soixante millions d’euros de deniers publics, les partis et groupements politiques installés doivent-ils veiller davantage encore à la préservation de leurs intérêts : le candidat issu de la société civile qui doit entreprendre le parcours du combattant, prix à payer pour qui croit encore aux bienfaits de la démocratie, ne pourra comptabiliser que les frais qu’il aura engagés dans les six mois précédant l’élection ; quant à la possibilité qui lui sera donnée de s’exprimer dans les médias audiovisuels, elle sera laissée à l’appréciation du Conseil supérieur de l’audiovisuel pour toute la période antérieure à 15 jours du premier tour, lequel conseil tiendra compte :

– « de la représentativité des candidats, appréciée, en particulier, en fonction des résultats obtenus aux plus récentes élections par les candidats ou les formations politiques qui les soutiennent et en fonction des indications d’enquêtes d’opinion ;

– de la contribution de chaque candidat à l’animation du débat électoral ».

L’équité, dit le texte, se substituera pour cette période au principe d’égalité, ce qui laisse l’historien perplexe et le citoyen-candidat, affligé, lorsque l’on sait que la Cour de cassation a été instituée par nos devanciers pour juger de la conformité à la loi des décisions rendues (tout le droit, rien que le droit), pour éviter, précisément, que sous couvert d’équité, ne batifolât l’arbitraire.

Bien malin le candidat « civil » à l’élection présidentielle qui, se voyant refuser le droit de s’exprimer le temps de la campagne électorale — alors que journalistes et politiciens s’invitent matin, midi et soir à la table des citoyens, au point de les avoir amenés à ne plus imaginer la vie sans eux — , sera en mesure de démontrer qu’il avait bien contribué « à l’animation d’un débat électoral », notion qu’il conviendra encore de définir, les invectives croisées auxquelles nos politiciens de métier se livrent à longueur de temps n’étant pas à proprement parler, exemplaires.

La nature craint le vide, et le républicain, ce qui rampe.

Michel Bourgeois
Le 14 décembre 2015

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