FAUT-IL COMPTER LES JOURS DU CONTRAT DE TRAVAIL À DURÉE INDÉTERMINÉE ?

Michel BOURGEOISActualités, ENTREPRISES - ÉCONOMIE, News0 Commentaire

FAUT-IL COMPTER LES JOURS DU CONTRAT DE TRAVAIL À DURÉE INDÉTERMINÉE

J’ai toujours répugné à commenter l’actualité à chaud, réticent que je suis à l’idée d’ajouter ma voix à la cacophonie ambiante. Le recours par le gouvernement à la procédure fixée par l’article 49-3 de la Constitution étant maintenant chose faite, le moment est venu de formuler quelques observations sur ce brouhaha orchestré autour de cette maintenant fameuse « loi El Khomri », arbre magnifique destiné à camoufler une forêt de faux-semblants, d’inexactitudes et de peurs entretenues par des syndicats « représentatifs au sens de la loi » – ce qui est révélateur de leur défaut de représentativité au sens commun du terme, et j’évoque là celui frappé du coin du bon sens -.

La loi incriminée est ou sera loi de la République

et, partant, devra s’appliquer conformément aux règles démocratiques de la France tant qu’une autre loi ne s’y sera pas substituée : plus que la remise à plat de ce texte, c’est le toilettage complet du code du travail qui devra être opéré, décodage du code en quelque sorte.

L’histoire contemporaine démontre que ceux les plus enclins à commenter les textes sont souvent ceux qui ne les ont pas lus, ou qui, les ayant lus, en prémâchent une version avec une mauvaise foi insigne, à l’intention de ceux qui ne les liront pas, chacun y allant alors de son commentaire, lequel à son tour alimentera la rumeur commune devenue vérité de la rue, avant de devenir « la voix du peuple ».

Suis-je un partisan de cette loi ou du moins de ce qu’il en reste ? Non. Pourquoi ? Parce que j’y verrais des atteintes insupportables de la part d’employeurs affameurs aux « acquis sociaux » – formule étrangère à ceux qui n’ont pas d’emploi ou qui sont payés une misère -, encore, une porte ouverte sur la rupture d’un équilibre qui aurait existé entre deux catégories d’ennemis héréditaires ? Pas davantage. Alors ? Par agacement devant tant de lieux communs, parce que je vis au XXIème siècle et que ces clichés épuisent la France depuis de trop nombreuses années.

Poser les mauvaises questions n’amènera jamais à trouver des réponses appropriées : pourquoi le caractère déterminé ou indéterminé de la durée d’un contrat exacerbe-t-il tant les passions ? En quoi un contrat de travail « à durée indéterminée » aurait-il pour effet de constituer une garantie pour qui ce soit et une garantie de quoi ? Pourquoi, si entreprendre était sans risque, le système auquel nous appartenons conditionne-t-il nos enfants à n’envisager leur avenir que dans un rapport de subordination avec un employeur qu’il leur apprend à haïr ?

Aborder sereinement la question de l’emploi est-il impossible en ce beau pays de France ? Y arrêtera-t-on un jour d’attaquer « l’autre » pour comprendre que l’un, sans l’autre, n’est rien ?

Rupture d’équilibre, disions-nous, entre un pot de fer employeur et un pot de terre employé ? Mais de quelles entreprises parlons-nous ? Des grands groupes ? Des établissements publics ou à statuts si particuliers ? Qui sont aujourd’hui les demandeurs d’emploi ? Les jeunes non diplômés ou les jeunes diplômés sans expérience, les moins jeunes non qualifiés et les séniors considérés comme hors d’usage à qui l’on va sans ciller, demander de chercher jusqu’à l’âge de 65 ans du travail sans espoir d’en trouver ? Ironie.

Fadaises, billevesées, dialectique. Syndicats corporatistes forts de leurs salariés protégés, réalisant sur le bitume de quelques villes les pas d’une sorte de parade nuptiale, concurrence obligeant entre courants divers, collégiens, lycéens ou étudiants n’ayant de la notion de travail que de vagues connaissances, femmes et hommes politiques n’ayant jamais connu que la sécurité de l’emploi. Assimilation de l’employeur individuel luttant pas à pas pour ne pas rester sur le carreau au patron du CAC 40, salarié quant à lui, protégé lui aussi par un parachute qu’on dit « doré ». Ironie du sort.

Aucun de ceux-là ne sera jamais en mesure de raconter la fierté qu’il a ressentie en recrutant son premier collaborateur, sa déception quand celui-là a démissionné « du jour au lendemain », son malaise quand il a dû licencier telle ou tel salarié parce que « la conjoncture était mauvaise ». Échec. Vous qui voyez l’entreprise comme une arène, cherchez le sable sous les pavés, mais sachez que sans effort, vous n’y arriverez pas…Ancien inspecteur du travail affirmant fièrement qu’il sait ce qu’est une entreprise pour en avoir contrôlé plusieurs centaines. Cynisme.

La misère existe en France, qui ne se mesure pas au nombre de jours de « RTT »,

sigle pour gens avertis. Le travail ne manque pas, mais on le pénalise. Engager un salarié au SMIC revient à engager dans le même temps l’État au SMIC, l’État et ses cousins. Les entreprises individuelles sont un vivier extraordinaire d’emplois, mais aussi de lien social. Tristesse des centres ville aux devantures baissées. Les TPE et les PME sont vitales.

L’urgence sociale requiert la prise de mesures exceptionnelles,

l’une d’entre elles pourrait être la mise en place d’un contrat collaboratif adapté aux circonstances et l’exonération dans la limite d’un plafond incitatif et pour toutes les entreprises – égalité juridique obligeant -, des cotisations sociales relatives à l’embauche de tous les nouveaux salariés dans la limite de (…) ? « Coût de la mesure ?
Et si nous parlions de celui humain, social et financier de vos erreurs du passé et de vos errements présents ? »

Revenons à cette notion d’équilibre, elle-même supportant l’idée de justice.

Comment justifie-t-on le déséquilibre statutaire qui fait qu’un salarié formé par son entreprise – ce qui a un coût -, peut démissionner sans devoir expliquer sa décision, alors que l’employeur doit justifier de la cause de la rupture à peine de dommages et intérêts ? Comment trouver normal que dans une entreprise de 11 salariés ou plus, celle ou celui ayant deux ans d’ancienneté a automatiquement droit à six mois de salaire brut s’il est licencié sans cause réelle et sérieuse – quand bien même il aurait retrouvé un travail payé au double dès le lendemain de son départ de l’entreprise et qu’il n’aurait dès lors pas subi le moindre préjudice -, et crier au scandale lorsqu’il est question de plafonner le montant des dommages et intérêts dus par l’employeur en cas de licenciement considéré comme abusif?

Est-ce dans le parallélisme des formes que se trouve l’injustice ? Sans doute pas.

La France a besoin de chefs d’entreprise et de toutes ses autres forces vives :

j’ai moi-même été salarié pendant plus de 15 ans, avant de devenir employeur à mon tour. J’essaie tout simplement de faire la part des choses : « Les uns sans les autres ne sont rien ».

Et si cette frénésie entourant la question du « contrat de travail » lui était finalement étrangère ?

Chaque individu aspire à fonder une famille, à se développer socialement et à avoir un toit qui lui soit propre. Pourquoi vouloir, coûte-que-coûte, être doté d’un contrat de travail à durée indéterminée, protection placebo s’il en est ? Peut-on vivre sans ? Les indépendants en ont-ils un ? On peut, effectivement vivre sans, mais difficilement, parce que le banquier – ou plus précisément l’employé de banque – que vous solliciterez et qui devra se faire votre avocat auprès de sa direction, en exigera un de vous, comme il l’exige aussi de l’indépendant à qui il demande de justifier de son « salaire fixe », méfiant qu’il est à l’égard de ce qu’est un chiffre d’affaires ou un bénéfice net.

Une équipe dont les membres s’attachent davantage aux conditions de leur séparation qu’à la manière d’être performants ensemble, a-t-elle la moindre de chance de s’imposer ? De cela, la France ne veut plus.

Michel Bourgeois

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